Newsletter Lib’Express éditée par l’AraPL Grand Sud
Directeur de la publication : Jean-Marc Daugé, Président de l’AraPL Grand Sud

N° 51
Décembre
2020
 
Vivre ...........................................................................
Surmonter la crise

Les professionnels indépendants et libéraux qui sont les principaux acteurs du lien social font face à une situation inédite qui bouleverse leur activité quotidienne. Ils s’adaptent à un contexte où compétence et responsabilité, deux des fondements de l’exercice libéral, leur permettent d’accomplir leur travail au bénéfice d’une clientèle et d’une patientèle fragilisées. Ce contexte crée une charge de travail irrégulière à laquelle ils doivent faire face avec prudence et vigilance afin de ne pas compromettre l’avenir.


Sylvie, infirmière : soutien aux patients déprimés
   
D’un confinement à l’autre, tout n’est pas identique. Infirmière installée de longue date au cœur de Toulouse, Sylvie Alcaïde Dell’Ova livre une analyse éloquente d’une vie quotidienne différente, diverse, paradoxale et à certains égards inquiétante.

« Lors du premier confinement, relate-t-elle, j’ai connu une baisse d’activité de 30%. Je n’avais plus que les malades chroniques, plus de post-opératoires, plus d’accidentés de la route ou du travail, je n’étais pas surmenée ! Lors de la période de transition, la remise en route a pris du temps, l’été a été calme. Un regain d’activité est arrivé en septembre et en octobre. Je n’ai pas rencontré de problème d’épidémie en me rendant au domicile de mes patients dont aucun n’a été touché par le virus. Mais si le travail est en lui-même moins dense, il faut davantage de temps pour se préparer, s’équiper d’une sur-blouse, d’un masque. Il faut se protéger pour protéger les autres. »

Sylvie Alcaïde Dell’Ova qui a une solide patientèle et intervient aussi en maison de retraite n’a pas personnellement d’inquiétude sur son avenir professionnel. Elle a l’habitude de l’irrégularité d’activité que les libéraux peuvent connaître. De plus, l’assurance maladie a accordé un forfait supplémentaire pour certains actes, ce qui a apporté une compensation.

Ce qui l’inquiète, c’est plutôt le manque de visibilité à moyen terme et c’est surtout de voir quotidiennement des patients âgés qui vivent de plus en plus mal le confinement et les restrictions.

« Ces patients âgés, souligne-t-elle, frôlent la déprime. Ils sont devant une télévision anxiogène, ont peur de sortir, perdent leurs contacts extérieurs. Quand j’arrive chez eux, ils me demandent ce qu’il se passe dehors. »

Sylvie Alcaïde Dell’Ova craint que le confinement ne provoque des dégâts latéraux plus importants que ceux consécutifs au virus. Et puis elle relève, elle dont le cabinet est rue Tripière en plein centre de Toulouse, la tristesse de la ville où la vie s’est en grande partie arrêtée.
 
Sylvie Alcaïde Dell’Ov

Sylvie Alcaïde Dell’Ova
 
Sébastien, exploitant d’auto-école : faire face à une règlementation ambiguë

Si une catégorie professionnelle a eu récemment des sueurs froides, c’est bien celle des exploitants d’auto-écoles dont nombreux exercent avec un statut libéral. Ayant une auto-école dans le quartier Saint-Michel à Toulouse, Sébastien Belou relate cet épisode qui a fait naître bien des inquiétudes.

« La situation, dit-il, était très ambiguë à l’annonce du second confinement. Lors du premier, nous avions réussi à être assimilés aux cas de fermeture administrative. Fin octobre, ce n’était pas le cas. Nous n’avions plus le droit d’ouvrir et de nous déplacer, sauf pour emmener les élèves aux examens du permis de conduire. Pour moi la décision a été dans ces conditions : pas d’activité, pas d’examen. »

Grâce à l’action de leur organisation professionnelle, les auto-écoles, après près de deux semaines de bataille, ont finalement été incluses dans les activités fermées administrativement. Cela était vital pour des entreprises qui comptent des salariés, comme celle de Sébastien Belou. Ce classement dans la catégorie des fermetures administratives a permis aux auto-écoles d’avoir accès aux dispositifs d’aide et aux indemnisations à compter du 29 octobre. Cela ne résolvait pas complètement le problème, les restrictions de déplacements ne permettant pas d’assurer les cours de conduite.

« Les leçons de conduite durant deux heures, en tenant compte du temps de venue et de retour de l’élève, il était impossible à ces derniers de venir, ajoute Sébastien Belou. Il n’a pas toujours été aisé de leur expliquer mon choix de suspension de présentation à l’examen. Mais ils ont compris qu’avec une préparation insuffisante le risque d’échec était important. Cela signifie dans ce cas six mois d’attente et peut-être plus pour se représenter au permis. »

De cette situation, il résulte de grandes difficultés d’organisation et de gestion de l’entreprise libérale de Sébastien Belou.

« Il faut, précise-t-il, assumer la surcharge. Celle qui s’est produite après le premier confinement n’était pas encore résorbée au début du second. En plus de mes trois salariés, deux de plus auraient été nécessaires, ce qui n’était pas envisageable. »

Sébastien Belou pratique une gestion très prudente. Cela l’a amené à ne pas solliciter le prêt garanti par l’Etat. Mais le second confinement a perturbé la mise à jour de ses échéances qui avaient été réaménagées du fait du premier confinement. Il sait qu’il va avoir à nouveau beaucoup de travail et qu’il ne manquera pas de clients. Il pense qu’il faudra du temps pour « digérer » les conséquences de la crise. Il a cependant pour atout sa prudence et sa vigilance. Il n’hésite pas ainsi à affirmer « qu’il reste optimiste ».
 
Cécile, architecte : une activité contrastée et des incertitudes
   

En embauchant le 16 mars dernier une collaboratrice conductrice de travaux, Cécile Cormary, architecte toulousaine, ne se doutait pas que le confinement serait décrété le lendemain même. Son agence étant en croissance, elle devait faire face à la demande. Mais ce premier confinement a entraîné un arrêt brutal des chantiers, ce qui naturellement pouvait susciter beaucoup de craintes sur l’avenir. «

Malgré le contexte incertain, explique Cécile Cormary, j’ai gardé ma salariée. Les travaux ont repris après un mois d’interruption. Pour maintenir le poste de ma conductrice de travaux, j’ai eu recours à l’activité partielle. La crise sanitaire n’a pas eu trop d’impact sur mon travail, car il s’agit avant tout de conception, ce que je peux faire sur ordinateur, au bureau ou chez moi. »

Cécile Cormary a orienté l’essentiel de son activité vers la rénovation de logements, de commerces, de locaux professionnels. Elle travaille aussi sur les mises aux normes de bâtiments pour l’accessibilité des personnes handicapées, la sécurité incendie… «

A l’issue du premier confinement, ajoute-t-elle, le marché des particuliers a été très actif : tout le monde voulait rénover ou faire des extensions de logement. Mais j’ai eu des craintes pour les commerces. Je fais notamment des pharmacies et des restaurants. Il y a eu des décalages de planning et pour ces derniers des projets reportés ou abandonnés. Je n’ai pas trop à me plaindre, mon activité ayant bien progressé ces dernières années. »

Le souci actuel de Cécile Cormary, c’est surtout le décalage à différents niveaux : les reports de projets pour le secteur commercial suite aux confinements et aux incertitudes qui en découlent pour le proche avenir. Le décalage a aussi une autre origine : les retards pris au printemps, suite à la suspension du fonctionnement de services administratifs comme celui de l’urbanisme de la métropole toulousaine. Conséquence : des chantiers retardés, avec pour corollaire un décalage des paiements, les factures d’honoraires pouvant difficilement être anticipées.
 
Sylvie Alcaïde Dell’Ov

Cécile Cormary

 
     

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