Newsletter Lib’Express éditée par l’AraPL Grand Sud
Directeur de la publication : Jean-Marc Daugé, Président de l’AraPL Grand Sud

N° 49
Juillet
2020
 
Innover ....................................................................................
Imaginer la ville et la vie autrement

Conséquences de la crise sanitaire, les architectes sont confrontés à de nouveaux enjeux techniques, administratifs, organisationnels, conceptuels… Ils doivent trouver des solutions adéquates.


S’il est une profession qui se trouve dans une situation complexe face aux conséquences de la crise sanitaire, c’est bien celle d’architecte. Elle est confrontée à toute une série de questions techniques, administratives, organisationnelles, conceptuelles… Elle doit donc construire son avenir en gérant, en s’adaptant, en innovant.

« Grâce au télétravail, explique Philippe Gonçalvès, président du Conseil régional de l’Ordre des architectes de l’Occitanie, une partie de la profession oeuvrant sur les études et la conception de projets a pu maintenir son activité. Mais les agences qui avaient en cours plus de chantiers que d’études ont été sérieusement touchées. La sortie du confinement a amené à réamorcer les pompes, mais en créant des tâches et des charges supplémentaires. La réorganisation des chantiers, du fait de mesures sanitaires, a nécessité beaucoup d’allers et de retours avec l’ensemble des acteurs. Il a fallu ajouter des avenants aux contrats avec des incidences financières, des coûts en sus pour chaque intervenant. Mais nous avons pu aborder sereinement toutes ces questions. »
 
Les interrogations et inquiétudes portent maintenant sur les répercussions de la longue période d’interruption des chantiers et des démarches administratives, en raison de la fermeture des services publics. A cela s’ajoute le retard dû au décalage des élections municipales, les communes et les intercommunalités représentant une part importante des donneurs d’ordres. Le décalage dans l’obtention des permis de construire est une réelle préoccupation. Mais les chantiers ont repris et la commande publique est repartie.

« Depuis la crise financière de 2008, avec les gros contrecoups subis en 2010/2011, nous avons travaillé à la remise en question de la profession et à la manière de l’exercer. La première leçon retenue a été la nécessité de se diversifier, afin d’être le plus flexible possible par rapport aux types de commandes, c’est-à-dire rééquilibrer entre marchés publics et privés. L’idée a été ensuite de diversifier la nature des projets et des missions. Sur ce dernier point, nous avons tenu compte de l’évolution. Dans les années cinquante/soixante, il y avait un maître d’œuvre unique du début à la fin d’une opération. Aujourd’hui on est face à un émiettement très complexe fait de missions spécialisées, avec le risque pour l’architecte d’être dépossédé d’une partie de son travail, donc de ses honoraires. Cela m’a aussi conduit, par exemple, à créer à côté de mon agence « Seuil Architecture » une société de maîtrise d’œuvre, ce qui permet de maintenir une vision globale sur un projet. »

Le président du Conseil régional de l’Ordre des architectes démontre ainsi la nécessité et le bien-fondé de l’anticipation, démarche indispensable pour affronter les soubresauts, parfois violents, de la conjoncture comme on le constate actuellement. Philippe Gonçalvès souligne au passage que la flexibilité qui permet de « jongler » plus facilement d’une tâche à l’autre passe nécessairement par la formation continue. Et il illustre son propos en s’appuyant sur les conséquences de la crise sanitaire.

« L’architecte, conclut-il, a un vrai rôle à jouer dans le changement de paradigme qui résulte de la situation que nous connaissons maintenant. Il va falloir imaginer la ville autrement, construire différemment en faisant, par exemple, qu’un logement ne soit plus seulement un lieu pour dormir, mais aussi un véritable espace à travailler et à vivre. La profession doit s’emparer de cela, se faire reconnaître à travers cette démarche, en étant au plus près de ceux qui ont les clés pour activer ce scénario. »
 

Ancien élève de l’Ecole d’architecture de Toulouse, Philippe Gonçalvès a démarré son activité en 2005 et a créé son agence "Seuil architecture" en 2007, au sein de laquelle il est associé avec son épouse Leslie.

Il a été élu président du Conseil de l’Ordre des architectes de Midi-Pyrénées en 2013.

Il a été réélu en 2017, mais au titre de président du Conseil de l’Ordre de l’Occitanie qui compte près de 3000 architectes.


 
     

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